Si il est techniquement possible de créer une société sans le moindre financement, nous serons vite tous d’accord qu’il est tout de même agréable d’avoir un peu de cash d’avance pour acheter le baby-foot, payer une connexion Internet et, soyons fous, peut-être même payer quelques collaborateurs pour construire un truc à vendre.

En dehors des fonds que peuvent directement amener les fondateurs (leur apport et le love money qu’ils ont récolté), les sources possibles de financement, directes ou indirectes, d’une startup sont assez nombreuses et nous sommes plutôt bien lotis en France sur ce plan.

Certains financements sont accessibles très en amont, avant même la création de la société. Ils sont alors directement liés aux fondateurs en tant qu’individus :

  • l’ARE de Pole Emploi (au choix versement de vos indemnités sous forme de capital, ou bien sous forme d’allocations mensuelles). Dans le cas d’une reprise d’activité, Pole Emploi dispose d’un dispositif spécifique : l’ARCE.
  • Prêts d’honneur : accessibles sur sélection uniquement auprès de réseaux de création d’entreprise ou parfois au sein de grandes sociétés dans le cadre de l’essaimage. Les deux réseaux les plus connus sont Réseau Entreprendre et France Initiative.
  • Bourse French Tech : jusqu’à 30 000 € d’aide (voire 45 000 € pour les projets à forte composante technologique). Accessible au créateur (même constitué en société individuelle) ou à une entreprise avec moins d’un an d’existence. Le projet doit déjà être accompagné par une structure publique pour pouvoir candidater.
  • Les Concours. Certaines sociétés, aux motivations variables, organisent des concours, challenges et autres hackatons dont les prix peuvent être tout à fait intéressant selon la taille de votre projet. La plateforme Agorize s’est donnée pour mission de rassembler ce type d’initiative.
    Un grand nombre de concours nationaux et régionaux sont listés sur le site très bien fourni de l’Agence France Entrepreneur. A noter aussi la liste des concours à destination des étudiants (ou des jeunes) créateurs.

Une fois la société lancée, les dispositifs de financement sont là encore assez nombreux :

  • Subventions régionales : chaque région dispose de toute une panoplie de dispositifs pour aider à la création d’entreprises. Le site Les-Aides.fr vous permet de faire une recherche des dispositifs adaptés à votre situation au travers d’une série de questions. La CCI de votre région est bien sûr un arrêt obligatoire dans vos démarches.
  • BPI France propose deux financements intéressants dans les premiers stades d’une l’entreprise innovante :
    • Aide pour la Faisabilité de l’Innovation (AFI) : subvention, ou avance remboursable en cas de succès, allant jusqu’à 50 K€. Destiné à financer les phases d’études de faisabilité technique, commerciale, juridique, ou financière d’un projet émergeant.
    • Aide pour le Développement de l’Innovation (ADI) : sous forme de prêt récupérable en cas de succès, ou dans le cadre du PTZI pour les entreprises de plus de trois ans, la BPI peut financer un programme de recherche industriel, ou de développement expérimental jusqu’à un maximum de 3 millions d’euros.
  • Incubateurs : Le financement n’est pas forcément la raison principale pour laquelle une entreprise peut postuler au sein d’un incubateur. Il s’agira toutefois d’un avantage indirect réel car ils permettent une mise en relation plus efficace et bienveillante avec les organismes locaux susceptibles de financer votre projet. Selon les régions, il peut même s’agir d’un passage obligatoire car une antenne régionale de BPI France ou une CCI peut choisir, toujours dans un souci d’efficacité, de ne recevoir que des dossiers présentés par un incubateur local reconnu.
  • Accélérateurs : Si un incubateur est une structure d’accompagnement publique et généralement “gratuite”, l’accélérateur sera lui privé et proposera un dispositif d’investissement direct qui sera dilutif pour les fondateurs. L’accélérateur entrera au capital à hauteur de 5 à 10% contre un package de services similaires à ceux d’un incubateur (mentorat, aides comptables et juridiques, hébergement, etc.) et, parfois, un seed en cash. L’objectif réel d’un accélérateur étant d’emmener le plus rapidement possible un projet au niveau de maturité lui permettant d’être présenté à des investisseurs. La qualité de l’accélérateur se mesure notamment au réseau d’investisseurs qu’il saura proposer en bout de cycle.

“Investisseur” indirect, le Trésor Public apporte aussi sa participation au financement de l’entreprise. Trois dispositifs sont particulièrement attrayants et ont fait la différence dans la trésorerie de très nombreuses startups :

  • Le statut Jeune Entreprise Innovante est un avantage considérable pour une startup. Il apporte une exonération des charges sociales patronales sur les collaborateurs de l’entreprise qui sont impliqués à plus de 50% de leur temps sur le projet de Recherche et Développement. Il y a certes un plafond de 200K€ par an à cette exonération, mais c’est un accélérateur considérable sur la capacité de la société à recruter à recruter pour sa R&D.
    A noter qu’il existe un autre statut pour les étudiants ou les personnes impliqués dans des travaux de recherche avec des établissements d’enseignement supérieur : Jeune Entreprise Universitaire.
  • Le Crédit Impôt Recherche permet l’attribution d’un crédit d’impôt pour la société qui investit dans des activités de recherche et développement. Les dépenses éligibles sont assez larges : salaires des personnels concernés, investissements matériels, prestations de recherche externalisée, collaboration avec des organismes agréés par le ministère de la recherche, etc. Certains critères (que toutes les startups remplissent dans leurs premières années d’existence) permettent de demander la restitution immédiate de leur CIR, apportant un regain de trésorerie qui peut souvent faire la différence (attention toutefois aux délais aléatoires de traitement avant cette restitution).
  • Le Crédit Impôt Innovation peut prendre en charge 20 % des dépenses nécessaires à la création de prototypes ou de tests d’un produit nouveau. Il est différent du CIR car il ne concerne pas les travaux qui font progresser “l’état de l’art” dans le domaine concerné, mais seulement les efforts techniques pour la conception et la réalisation d’un nouveau produit.
    A noter que le CIR et le CII sont complémentaires et une entreprise peut tout à fait bénéficier des deux dispositifs, en sachant bien distinguer quelle dépense est éligible à quel crédit.

Source non dilutive de financement, les prêts bancaires peuvent permettre d’apporter des sommes variables en fonction de la capacité d’emprunt des fondateurs et du stade d’avancement de la société.

Il est alors utile de savoir que l’une des capacités de BPI France est de pouvoir apporter une garantie partielle pour un prêt bancaire. De nombreux contextes peuvent justifier cette demande et la BPI dispose de garanties qui leurs sont spécifiques : création (pour les sociétés créées depuis moins de trois ans), renforcement du fonds de roulement, préfinancement de contrats d’export, etc.

Dans le cadre de sa croissance, la société peut accéder à d’autres dispositifs intéressants de la BPI : le Prêt d’innovation et le Prêt Croissance Internationale.

  • Le Prêt d’Innovation, alimenté par le Fond d’Investissement Européen, est destiné à une entreprise de plus de trois ans qui cherche à financer un lancement industriel et commercial (en France ou à l’étranger). Il faut justifier du caractère innovant de l’offre lancée et le montant des dépenses prises en charge peut aller jusqu’à 5 millions d’euros.
  • Le Prêt Croissance Internationale. Là encore destiné à une entreprise de plus de trois ans, il a pour but de financer les dépenses liées au déploiement à l’international. Peu importe que la société ait déjà une activité en dehors des frontières ou non. La BPI peut financer par intervention successives allant de 30K€ à 5 M€ pour un encours total ne pouvant dépasser 15 M€.

A noter que dans le cas des aides de la BPI, le niveau des fonds propres est un facteur limitant au montant que l’institution pourra vous apporter. Le rapport entre l’aide et les fonds propres peut varier selon le dispositif. Par exemple le Prêt Croissance Internationale ne peut dépasser les fonds propres de l’entreprise tandis que le Prêt d’Innovation peut aller jusqu’au double de ces fonds propres.

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