Dans nos métiers de pure production de jus de cerveau, il y a peu de contraintes plus contre-productives que d’imposer des horaires aux collaborateurs.

Le concept me paraît tellement anachronique, si dénué de bon sens, que je me sens toujours un peu désarçonné lorsque je me retrouve face à des entrepreneurs ou des managers qui tentent de me convaincre du contraire.

Le mot important ici étant “imposés”. Je ne milite pas pour faire disparaître toute notion d’horaires dans l’entreprise bien sûr (c’est même impossible pour de nombreux métiers), ni pour empêcher ceux qui préfèrent avoir un cadre horaires relativement stable. Et je ne parle pas des contraintes légales.

Non, il s’agit simplement de laisser les collaborateurs aménager leur temps. De faire confiance à leur jugement.

Pragmatisme et bon sens

Cela rejoint ce que je considère comme étant les fondamentaux pour une startup (ou toute société comparable dans son mode de fonctionnement) : pour que les collaborateurs aient la volonté de donner le meilleur d’eux-même, il faut leur apporter le contexte approprié. Entre autres ingrédients, l’entrepreneur doit accorder sa confiance par défaut et laisser à ses collaborateurs une autonomie comparable à la sienne. Faire disparaître l’existence d’horaires imposés est l’un des moyens les plus simples (et les moins coûteux !) d’y parvenir.

Attardons-nous sur des éléments qui me semblent tenir du bon sens :

Peut-on croire qu’un développeur a la capacité d’être brillant, créatif, ou tout simplement « productif », de 9h00 à 18h précise ? Ou nier que certains ont l’esprit plus alerte tôt le matin, là où d’autres ont les neurones qui s’agitent plus facilement tard dans la soirée, voire dans la nuit ?

Si un développeur se retrouve au point mort en milieu d’après-midi car il est crevé et n’a plus les yeux en face des trous, quel intérêt pour l’entreprise de lui imposer de rester une ou deux heures de plus à son bureau jusqu’à la fin « officielle » de sa journée quand il est évident qu’il ne produira rien d’intéressant ? A la place, il papillonnera sur Internet pour se changer les idées ou produira un code d’une qualité qu’il trouvera lui-même discutable et qu’il retouchera sûrement le lendemain ou plus tard. Et ce sera compréhensible. Ne vaut-il pas mieux qu’il rentre chez lui, se repose, passe un peu plus de temps avec sa famille ou sur n’importe quelle activité qui lui aèrera l’esprit et lui permettra de recharger ses batteries (physiques comme mentales) ?

A l’inverse, pour celui qui se sent porté par l’inspiration en fin de journée, qui se trouve « in the zone », n’est-il pas mieux qu’il ait la possibilité, si il le souhaite, de continuer sur sa lancée, jusque tard le soir si il en la motivation et l’énergie ? Il le fera en confiance si il sait qu’il aura toute latitude pour rééquilibrer en sa faveur cet investissement de temps selon des modalités qui lui conviendront.

Ce que je décris semblera évident pour ceux qui sont familiers de type d’environnement. Mais nombreuses sont les entreprises dont la direction s’attache plutôt à « sécuriser » une quantité précise d’heures de travail, correspondant aux termes des contrats, par le biais d’horaires fixes et contraints. Et ce, quels que soient les métiers de leurs collaborateurs, et quels que soient leurs contextes de travail respectifs ou leurs contextes personnels.

Au-delà des besoins d’optimisation des horaires vers les fuseaux les plus productifs pour chacun, il faut bien sûr tenir compte du bénéfice indéniable sur la qualité de vie de pouvoir gérer librement son temps.

A chacun sa fusée horaire

Pouvoir partir plus tôt, ou arriver plus tard, pour assister à une réunion parent-professeur, recevoir un artisan ou emmener sa voiture au garage sans avoir à consommer une demie-journée de congés, est un confort – et un avantage – qui ne devrait rien avoir d’exceptionnel.

Une étude de 2016 de l’Observatoire de l’Equilibre des Temps met très largement en évidence la volonté des salariés pour plus de souplesse dans leur temps de travail. Plus de 90% d’entre eux indiquent qu’un meilleur équilibre des temps améliorerait leur qualité de vie, le climat sociale, leur engagement et au final la performance économique de l’entreprise.

La confiance doit être accordée par défaut

Tout comme pour le télétravail, tout est une question de confiance. Et la même évidence s’applique : si vous n’avez pas suffisamment confiance en vos collaborateurs pour les laisser gérer leur temps, pourquoi leur feriez-vous confiance pour concevoir vos produits, les développer et aller parler à vos clients ?

Plutôt que de s’appuyer sur les horaires, il est plus profitable de tourner toute l’attention des collaborateurs vers les projets de l’entreprise. Responsabilisés et en confiance, ils sauront trouver le temps nécessaire à la réussite de leur mission tout en l’adaptant le mieux possible à leur vie personnelle et à leur biorythme. Le luxe de pouvoir aménager ses horaires réduit le stress, et c’est au bénéfice de l’entreprise autant qu’à celui du salarié.

Evoluer vers cette flexibilité lorsqu’une entreprise est habituée à une régularité et un respect d’horaires figés, à minima par corps de métier, soulève des défis d’organisation certains. Mais plutôt que de les voir comme des obstacles ou des maux nécessaires, il faut regarder cette évolution comme une fantastique opportunité de revoir, au moins partiellement, cette organisation. Laissez aux gens une certaine flexibilité sur leur présence nous contraint, positivement, à diminuer la dépendance que peuvent avoir certains processus à la présence physique d’untel ou untel,  à optimiser (aka ‘supprimer’) certaines réunions, à décaler une certaine tradition orale qui s’est installé par facilité au fil du temps vers des bases de connaissances numériques plus aptes à favoriser le travail asynchrone.

De mon expérience, les personnes à qui l’on donne cette opportunité ne modifient pas tant que ça leur quotidien autrement que très ponctuellement, ou dans des amplitudes finalement assez faibles (par exemple arriver ou partir une heure plus tôt – ou plus tard – pour éviter les bouchons aux heures de pointe). La contrepartie est en revanche très notable. Le confort psychologique qu’ont les salariés de savoir qu’ils ont cette autonomie améliore grandement leur quotidien, soulage d’un stress dont ils n’avaient eux-mêmes pas toujours conscience, et embellit la perception qu’ils ont de leur entreprise et de leur travail.

Et vous, quelle est votre expérience sur le sujet des horaires dans votre entreprise ?

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